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 Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Jeu 28 Sep - 23:39:48

XIV. C'EST FOLIE QUE DE RENIER LE CHRIST POUR CONSERVER RICHESSES ET HONNEURS

VINCENT : En toute bonne foi, mon cher oncle, je ne puis nier ceci. Il me semble que ceux qui auront été dépouillés au cours de l'invasion turque et qui n'auront pu sauver que leur vie, ceux-là, je pense, pourront tirer quelque vertu de leur malheur et y trouver sujet de réconfort.

Mais dans le cas qui nous occupe, ils ont encore leur fortune intacte entre leurs mains et le fait de la conserver ou de la perdre dépend d'eux et de la réponse qu'ils feront aux Turcs ; garderont-ils leur foi ou l'abandonneront-ils ? Il me paraît, mon oncle, que la tentation est bien forte, et bien peu de riches renonceront à leur fortune.

ANTOINE : Je le crains aussi beaucoup, mon cher neveu. Cette épreuve révèlera le vide du cur de ceux qui se flattent de sauver leur fortune dans un but élevé mais n'ont pas de Dieu une vision ferme, intime et profonde.

Pourtant, même à ceux-là, je poserais volontiers quelques questions. Je vous en prie, mon cher neveu, jouez le rôle d'un de ces personnages et répondez à sa place.

« Votre Seigneurie, dirais-je, (nous ne prendrons pas un homme de basse condition, ni de fortune modeste, car il me semble qu'un homme qui rejetterait Dieu pour pas grand'chose ne vaut pas la peine qu'on lui adresse la parole), Votre Seigneurie, pourquoi hésiter entre votre foi et votre fortune ? »

VINCENT : Mon oncle, je ne suis pas sûr de la pensée d'un autre, ni de la façon dont il répondrait, mais puisque vous me demandez de jouer ce rôle, voici ce que je dirais, et vous pouvez d'ailleurs le deviner : « Je ne tiens pas à perdre tous ces avantages que je détiens maintenant : richesses, biens, terres, héritage, et l'autorité que j'ai dans le pays. Toutes ces choses, le Grand Turc me permet de les conserver, et même, de les faire prospérer si je veux renoncer à la foi du Christ ; mais oui, ajouterais-je, je ne suis même pas obligé d'y mettre un tel prix, on ne me forcera pas à renoncer complètement au Christ ni à la foi chrétienne, mais seulement à la portion de cette foi qui ne s'accorde pas avec la religion de Mahomet. Il me suffirait de reconnaître Mahomet pour un vrai prophète et de servir les Turcs dans leurs guerres contre les rois chrétiens ; moyennant quoi, on ne m'empêchera pas de louer le Christ, de l'honorer, de le servir, et de le tenir pour un homme de bien ». (...)

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Sam 30 Sep - 11:03:22

XIV. C'EST FOLIE QUE DE RENIER LE CHRIST POUR CONSERVER RICHESSES ET HONNEURS

(...)ANTOINE : Le Christ n'a pas un tel besoin de votre Seigneurie qu'il accepte de telles conventions et qu'il partage les services de votre Seigneurie avec son ennemi plutôt que de les perdre. Il vous a déjà prévenu par la bouche de saint Paul qu'il ne veut pas partager : « Quel rapport y a-t-il entre la lumière et les ténèbres, entre le Christ et Bélial ? » (2 Co., 6, 15) ; et il vous dit lui-même : « Nul ne peut servir deux maîtres » Mt., 6, 24). Il veut que vous croyiez tout ce qu'il vous a enseigné, que vous fassiez tout ce qu'il vous a ordonné, que vous vous absteniez de tout ce qu'il vous a défendu, sans aucune exception. Brisez un seul de ses commandements et vous brisez tout. Abandonnez un seul point de sa foi et vous abandonnez tout, de même que les remerciements qu'il vous adresserait pour le reste. Si vous faites avec Dieu de tels marchés, si vous décidez vous-même de ce que vous voulez bien faire pour lui et de ce que vous lui refusez, je dis que dans de tels contrats vous signez vous-même les deux parties et qu'il ne vous en saura aucun gré.

Mais écoutez bien ceci : vous pensez faire des arrangements avec les Turcs ; moi je vous dis qu'ils ne vous permettront pas de vous en tenir là ; mais, insensiblement, ils vous forceront à renier complètement le Christ et à mettre Mahomet à sa place. Quand ils vous font dire que le Christ n'est pas Dieu, ce n'est qu'un commencement. Car s'il n'est pas Dieu, il n'est pas non plus un homme de bien, puisqu'il a dit lui-même qu'il était Dieu. Non, le Christ ne veut pas être pour une part dans vos obédiences, il veut que vous l'aimiez de tout votre coeur. Il a vécu il y a quinze cents ans, pourtant il avait prévu vos pensées quinze cents ans à l'avance, Il vous a répondu : « Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l'argent ! » (Lc., 16, 13).

Ceci est bien clair et vous devez le croire si vous avez la foi. Si vous ne le croyez pas, cette discussion est inutile, car pourquoi préféreriez-vous perdre vos biens plutôt qu'une foi que vous avez déjà perdue ? Mais si nous partons de l'idée que vous avez toujours la foi, et voulez la conserver, si, pour vous, le problème est de savoir si vous préférez perdre votre fortune plutôt que de renoncer ouvertement à Dieu, et si vous me répondez que plutôt que de perdre cette fortune vous préférez renoncer extérieurement à Dieu, je vous réponds ceci : Je passe sous silence le peu de bien que ces choses apportent au corps et le grand tort qu'elles font à l'âme et, puisque le point de départ de votre hésitation est cette promesse des Turcs de vous laisser la jouissance de vos biens si vous reniez le Christ, je vous demande, moi, comment vous pouvez vous fier à cette promesse ?(...)

Source :livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Dim 1 Oct - 1:33:19

XIV. C'EST FOLIE QUE DE RENIER LE CHRIST POUR CONSERVER RICHESSES ET HONNEURS

(...)VINCENT : Quelle autre garantie peut-on obtenir d'un grand prince que sa parole que, pour son honneur, il est tenu de respecter ?

ANTOINE : Il l'a déjà violée plusieurs fois ; qui oserait le lui reprocher en face ? Lui n'a guère souci des reproches que personne n'osera jamais lui faire !

Au surplus, il ne s'en soucierait guère à supposer qu'on les lui adresse. Voici ce qui est arrivé, à l'un de mes amis, qui voulut un jour protester auprès du Sultan de Syrie. Mon ami fut plusieurs années dans ce pays pour ses affaires. Un jour il donna au Sultan une forte somme d'argent, pour obtenir la concession d'un certain emploi temporaire, mais il venait à peine de lui remettre la somme que le Sultan affermait cette charge à quelqu'un de sa secte, mettant ainsi notre Hongrois à la porte. Mon ami s'en fut le trouver et lui rappela la convention qu'il venait de passer, la parole prononcée de sa bouche, le papier signé de sa main. Le Sultan lui répondit froidement : « Apprends de moi, chien, que ni ma bouche ni ma main ne m'obligent à quoi que ce soit. Elles m'obéissent, je ne leur dois rien. Quant à toi, quitte le pays immédiatement ! »

Songez, Seigneur, que le Sultan et le Grand Turc sont de la même secte. Ne pensez-vous pas qu'ils se comportent de la même manière devant la parole donnée ?

VINCENT : Force m'est néanmoins d'en courir le risque, car je ne puis avoir d'autre garantie.

ANTOINE : C'est risquer de façon bien peu sage, que de mettre votre âme en danger de damnation, pour des biens matériels que vous n'êtes même pas sûr de garder !

Mais allons plus loin. Supposons que vous puissiez être sûr de la parole du Grand Turc, garderez-vous alors votre avoir ?

VINCENT : Mais oui.

ANTOINE : Et jusqu'à quand ?

VINCENT : Jusqu'à ma mort.

ANTOINE : Admettons. Mais bien qu'il y ait peu de chances pour que le Turc vous laisse votre fortune aussi longtemps, si vous avez cinquante ans, toute la faveur qu'il pourra vous témoigner ne vous rajeunira pas d'un jour, et en un seul moment vous devrez tout perdre.(...)

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Lun 2 Oct - 1:40:39

XIV. C'EST FOLIE QUE DE RENIER LE CHRIST POUR CONSERVER RICHESSES ET HONNEURS

(...)VINCENT : On est déjà content de ne manquer de rien pendant la vie.

ANTOINE : Si le Grand Turc vous donne des biens, personne ne peut-il vous les retirer ?

VINCENT : Il me semble que non.

ANTOINE : Les Turcs ne pourraient-ils perdre de nouveau ce pays que les chrétiens reprendraient, et vous courriez alors de nouveau ce danger que vous essayez d'éviter.

VINCENT : En vérité, je pense que si les Turcs nous envahissent, ils ne quitteront pas le pays de notre vivant.

ANTOINE : Mais s'ils le quittent quand nous n'y serons plus, adieu l'héritage de vos enfants ! Supposons toutefois qu'ils ne le quittent jamais plus, personne ne pourrait-il vous prendre votre bien ?

VINCENT : Non, personne.

ANTOINE : Absolument personne ? Même pas Dieu ?

VINCENT : Si, naturellement. Qui en douterait ?

ANTOINE : Qui en doute ? Mais ceux qui se demandent si oui ou non il y a un Dieu, et de telles gens ne manquent pas, comme l'atteste le prophète quand il dit : « L'insensé dit en son coeur : il n'y a point de Dieu ! » (Ps., 14, 53).

Le plus fou ne le dira pas ouvertement, mais ils se le disent tout bas, et je crains qu'il n'y ait bien plus de fous qu'on ne le croit, et s'ils ne le disent pas ouvertement, c'est par crainte des hommes, non de Dieu. Mais ceux qui sont assez fous pour penser qu'il n'y a point de Dieu et qui pourtant l'honorent en paroles, tout en le niant dans leurs actes, de ceux-là nous ne nous occuperons pas, nous les laisserons jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de se manifester à eux, soit intérieurement et alors qu'il en est encore temps par sa grâce miséricordieuse, soit extérieurement, et trop tard, par son terrible jugement.

Mais vous, Seigneur, vous qui croyez, comme doit le faire un homme sage, vous qui savez que même si les Turcs tiennent leur promesse, et vous permettent de jouir de vos biens à la condition de renier votre religion, vous savez que Dieu à qui vous déplaisez peut vous enlever ces biens et que le Grand Turc, malgré toute sa puissance, ne serait pas capable de vous les conserver, dès lors pourquoi seriez-vous assez déraisonnable pour faire plaisir aux Turcs en perdant votre âme, dans le seul but de conserver vos biens, alors que vous savez que Dieu, à qui vous déplaisez, peut vous les enlever ?

Puisque vous croyez en Dieu, vous savez que les Turcs ne peuvent pas plus vous enlever vos biens que le démon ne le pouvait pour Job. Pensez-vous que s'il permet aux Turcs de vous enlever vos biens, parce que vous faites une chose qui lui est agréable, il vous permettra d'en jouir tranquillement au prix d'un acte aussi répréhensible ?

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mar 3 Oct - 1:35:03

XIV. C'EST FOLIE QUE DE RENIER LE CHRIST POUR CONSERVER RICHESSES ET HONNEURS

(...)VINCENT : Dieu est bon, et quand des hommes l'ont offensé, il leur permet néanmoins de continuer à vivre longtemps dans la prospérité.

ANTOINE : Longtemps, en vérité ? Non, Seigneur, il ne le permet à personne, car la vie entière est brève, et la vôtre est déjà à moitié écoulée, peut-être même plus qu'à moitié. Quand une chandelle est à moitié consumée, peut-il en rester un long bout ?

Il n'est pire état d'esprit que de se réjouir d'avantages mal acquis. C'est le chemin direct qui mène à l'arrogance, laquelle entraîne au péché, à l'infidélité. On en arrive bientôt à penser que Dieu ne se soucie pas de ce que font les hommes, ni de ce qu'ils pensent. L'Écriture dit : « Ne dites pas : J'ai péché et il ne m'est rien arrivé, car Dieu tolère avant de châtier » (Eccl., 6, 4). Mais, comme le dit saint Augustin, plus il tarde, plus ses coups sont violents.

Soyez sûr, quand vous déplaisez à Dieu pour garder vos richesses, qu'il ne permettra pas qu'elles vous fassent du bien. Mais il vous les enlèvera, ou il vous permettra de les garder pour un moment, ce qui vous fera le plus grand tort, et plus tard quand vous y penserez le moins, il vous arrachera à elles.

Quel ne sera pas votre chagrin, quand vous verrez que subitement vous devez les laisser à tel endroit, tandis que votre corps sera déposé en un autre ? Mais le plus pénible de tout sera de vous apercevoir que votre âme d'abord, et ensuite votre corps au jugement dernier, seront engloutis dans les entrailles de la terre, dans l'antre du démon, et devront y rester pour l'éternité. Quel plaisir humain pourrait compenser cette souffrance intolérable, même s'il ne fallait la subir que pendant un an, un jour, une heure ? Dès lors, quelle folie, pour de misérables plaisirs, si brefs, de vous jeter tête baissée dans le feu éternel de l'enfer qui jamais ne s'apaise, même pas pour une minute, et d'y rester pour des centaines de milliers d'années ?

Notre-Seigneur réfutait en peu de mots les folies de ceux qui, pour la jouissance passagère des biens de ce monde refusaient sa foi et donnaient leur âme au diable : « Que servirait-il à un homme de gagner le monde entier, s'il perd son âme ? » (Mt., 16, 26). Cela devrait suffire, me semble-t-il, pour que ceux qui ont du bien acceptent de s'en séparer plutôt que perdre leur âme en essayant de le garder ou d'accroître ce qu'ils ont.

VINCENT : Vous avez raison, mon oncle, et je ne vois pas ce que ces gens pourraient alléguer pour défendre leur folie. Je ne désire pas jouer leur rôle plus longtemps, mais je prie Dieu de me donner un rôle qui serait le contre-pied de celui-ci. Je prie le Seigneur de ne jamais renier ma foi, ni en pensées, ni en paroles, je me fie pour cela en sa grande bonté.(...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mar 3 Oct - 23:41:42

XV. LA TERREUR QU'INSPIRE CETTE ÉPREUVE ÉCLAIRERA LES GENS SUR LEURS PROPRES IMPERFECTIONS

ANTOINE : Même si cette persécution ne s'abat pas effectivement sur les gens, il suffira de la terreur qu'elle inspire d'avance pour les éclairer sur leurs propres imperfections et cela peut leur être très utile, s'ils ont l'esprit et aussi la grâce d'y parer quand il en est temps encore ; car maintenant ils peuvent trouver une cachette pour leurs trésors, et si sûre que jamais l'armée turque ne la découvrira.

VINCENT : Soyez certain, mon cher oncle que, si vous leur indiquez ce moyen, ils ne l'oublieront pas. Mais j'en ai connus qui ont eu cette pensée ; ils avaient bien caché leur argent, l'enterrant très profondément, pourtant, quand ils revinrent ils s'aperçurent qu'ils avaient été volés.

ANTOINE : Ce n'est pas étonnant, car ils avaient caché leur trésor très sottement et dans un endroit où on leur avait recommandé de ne pas le faire. Ils connaissaient bien celui qui leur faisait une telle recommandation et le tenaient pour un homme qui savait ce qu'il disait.

VINCENT : Alors, ils étaient complètement fous ; mais leur avait-il indiqué également un endroit sûr, ou s'était-il contenté de leur en déconseiller un autre ?

ANTOINE : Mais, oui, par Notre-Dame, il l'a indiqué très clairement, il leur a dit qu'il ne fallait pas enterrer leur trésor, car les voleurs pourraient le leur dérober.

VINCENT : Mais où le cacher alors ? Les voleurs peuvent le trouver n'importe où.

ANTOINE : Il leur conseilla de le cacher au ciel, et l'y laisser car là il sera en sécurité, et celui qui donna ce conseil savait ce qu'il disait car c'est Notre-Seigneur lui-même qui dit dans le 6ème chapitre de saint Matthieu : « N'enfouissez pas vos trésors dans la terre, où ils sont rongés par la rouille et la vermine, où les voleurs peuvent vous les enlever, mais amassez vos trésors au ciel, où il n'y a ni vermine, ni rouille, ni voleurs, car là où est votre trésor, là est aussi votre coeur » (Mt., 6, 19).

Si nous méditions bien ces paroles de Notre-Seigneur, nous n'aurions plus besoin de conseils ni de réconfort au sujet de la perte de nos biens temporels ; nous les donnerions aux pauvres. C'est là qu'ils seront en sécurité, car qui irait fouiller le sac du mendiant ?

Si nous donnons aux pauvres pour l'amour du Christ, nous donnons au Christ lui-même ; aucun persécuteur n'est assez fort pour lui arracher quoi que ce soit.

VINCENT : Personne ne discutera cela. Cependant chaque homme éprouve dans le fond de son cur on ne sait quelle aversion, on ne sait quel dégoût pour la pauvreté.

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Jeu 5 Oct - 0:06:24

XV. LA TERREUR QU'INSPIRE CETTE ÉPREUVE ÉCLAIRERA LES GENS SUR LEURS PROPRES IMPERFECTIONS

(...) ANTOINE : C'est vrai pour ceux qui n'écoutent jamais, ou rarement un bon conseil destiné à les détourner de cet état d'esprit, ceux qui, quand ils entendent un conseil de ce genre, n'y prêtent guère plus d'attention qu'à une histoire sans importance, par politesse, et non avec l'intention d'en tirer sagement profit. Si nous nous appliquions, non seulement avec nos oreilles, mais aussi avec notre coeur à écouter les paroles de Notre-Seigneur, si nous considérions que ces paroles ne sont point l'oeuvre d'un faiseur de sentences ou d'un poète lyrique, mais le verbe sacré du Dieu tout-puissant, nous serions honteux de nous-mêmes ; nous éprouverions des remords en ne sentant pas que de les avoir entendues, nous sommes devenus plus forts qu'avant pour le bon combat.

Cela nous montre que les broussailles et les buissons épineux ont tellement envahi nos coeurs, qu'ils étouffent la bonne semence de la parole de Dieu. Le Seigneur est pour nous un bon maître quand il appelle ses gens aux champs (car en ceci les persécuteurs sont ses gens), et leur fait arracher toutes ces mauvaises herbes, ces ronces qui sont nos richesses terrestres, et les éloigne de nous pour que la parole divine trouve en nos coeurs assez de place pour croître et s'épanouir. Car nous trouverons vraies alors ces paroles de Notre-Seigneur : « Là où est votre trésor est aussi votre coeur » (Mt., 6, 19). Si nous mettons notre trésor en terre, notre coeur sera en terre, si nous le mettons au ciel, notre coeur y sera aussi.

Si ton coeur était en dehors du monde, au ciel, toutes les peines, tous les tourments qu'on peut inventer sur terre ne le toucheraient pas. Que nos coeurs soient donc au paradis, et, pour cela débarrassons-nous de ce qui nous attache à la terre, et ne doutons pas qu'aussitôt, nous nous trouverons à merveille d'avoir suivi le conseil du Christ, car le grand réconfort de l'Esprit-Saint diminuera en nous la souffrance que nous pourrions subir, il l'adoucira et, d'une certaine manière, il l'effacera.

Supposez que dans un certain temps, nous soyons obligés de quitter ce pays et de nous réfugier dans un autre, ne trouverions-nous pas fou l'homme qui ne serait pas heureux d'envoyer ses biens dans cet autre pays et de s'en séparer pour un moment ? Mais nous sommes bien plus fous, puisque, sachant que nous n'en avons plus pour longtemps ici-bas, nous sommes incapables d'envoyer nos biens dans l'autre monde, retenus que nous sommes par la crainte de manquer d'une chose ou l'autre. Car là-haut nous sommes assurés de vivre dans l'opulence, si nous y avons envoyé notre trésor terrestre alors que, si nous ne l'avons pas fait, nous risquons d'être misérables pour l'éternité.

VINCENT : Ces considérations, mon bon oncle, me paraissent encourageantes à suffisance. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Jeu 5 Oct - 23:52:28

XVI. ENCORE UN ARGUMENT POUR NE PAS PERDRE COURAGE EN CAS DE PERTE DES BIENS TERRESTRES

ANTOINE : Il suffirait de bien moins, mon cher neveu, en demandant l'aide de Dieu, sans laquelle tout ceci serait inutile. Mais la ferveur de la foi chrétienne diminue beaucoup de nos jours, c'est comme un feu qui devrait être ranimé.
Or je pense que pour un vrai fidèle, une seule considération suffirait à rendre du courage.

VINCENT : Et qu'est-ce, mon oncle ?

ANTOINE : Il lui suffirait de se rappeler la pauvreté que Notre-Seigneur a volontairement supportée pour nous. Imaginez qu'un grand roi, par amour pour son serviteur, pour le tirer d'un danger se soit dépouillé à la fois de sa fortune et de sa royauté, que le serviteur, peu après, se soit fait quelques économies, il est inconcevable que ce serviteur refuse de risquer de les perdre, si besoin est, pour venir en aide à son maître.

Considérons la grande bonté de Notre-Seigneur envers nous quand nous n'étions même pas ses serviteurs mais plutôt ses adversaires et quelle fortune humaine il a volontairement laissée pour nous, car il était en réalité roi de ce monde. Mais au lieu d'en profiter et afin de nous rendre riches au paradis, il a vécu ici-bas dans la misère et la pauvreté et il n'a voulu ni d'un trône, ni de la fortune. Si nous nous en souvenions, chacun de nous abandonnerait volontiers tout ce que Dieu lui a prêté, plutôt que de lui être infidèle, car c'est lui qu'ils abandonnent s'ils renient la foi chrétienne.

Pour en finir avec ce qui concerne la peur de perdre les biens de ce monde, songeons aux minces avantages qu'ils présentent, de quels durs labeurs ils sont payés, songeons à la brièveté du temps pendant lequel nous en pouvons jouir, de quel chagrin leur plaisir est mêlé, quel tort cela fait à l'âme d'y être attachée, quelle perte cela représente de vouloir les garder en perdant le Christ, quel bénéfice cela représente pour nous de les perdre pour l'amour du Christ, disons-nous qu'il vaut mieux les bien distribuer que de les garder pour un mauvais motif ; et finalement n'oublions pas que ce serait ingrat de notre part d'abandonner pour eux le Christ qui pendant qu'il vécut pour nous refusa le trône du monde. Nous parlerons plus tard de ses souffrances et de sa mort cruelle.

Méditons profondément ces pensées, prions Dieu de les imprimer dans nos curs. Si nous conservons bien ferme l'espoir de son secours, alors, comme dit prophète : « Il nous enveloppera comme d'un bouclier » et nous ne craindrons pas, dans cette persécution du démon de midi, un quelconque arrachement des biens de ce monde. Si nous renonçons au mince plaisir qu'ils nous donnent sur cette terre, nous serons éternellement récompensés par Dieu dans l'éternelle félicité et l'éternelle gloire. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Sam 7 Oct - 0:45:58

XVII. DE LA SOUFFRANCE CORPORELLE - IL NE FAUT PAS PERDRE COURAGE PENDANT UNE PERSÉCUTION

VINCENT : Mon oncle, nous en avons assez dit sur ces richesses temporelles. Personne n'est sûr de sa force ni de la résistance dont il pourra faire preuve le moment venu. Moi non plus, je n'en sais rien, et saint Pierre lui-même a subitement faibli à un mot prononcé par une femme, il a lâchement renié son Maître pour qui il s'était courageusement battu quelques heures auparavant ; par cette faute, il s'est rendu compte qu'il avait été trop prompt dans sa promesse et qu'il était tombé justement parce qu'il avait eu trop grande confiance en lui-même. Il me semble, à présent, que si les Turcs me prennent tout ce que jai, jusqu'à ma chemise, s'ils m'offrent cinq fois plus que je ne possède pour que j'embrasse leur croyance, je choisirai la sainte religion du Christ. Mais, mon oncle, quand je pense aux souffrances qui peuvent m'atteindre dans ma chair, je me mets à trembler.

ANTOINE : Cela ne m'étonne pas, et vous ne devez pas en être découragé. Notre-Seigneur lui-même a ressenti dans sa chair une grande terreur en face de sa cruelle Passion. Je puis vous affirmer que votre raison ne se laissera pas abattre par cette terreur de la chair, non, elle résistera virilement, et dans votre envie de fuir cette mort cruelle, méditez sur la mort de Notre-Seigneur. Lui-même, si vous le désirez vraiment, ne manquera pas de vous soutenir dans votre lutte et vous donnera la grâce de vous soumettre et de conformer votre volonté à la sienne, comme lui-même soumit sa volonté à celle de son Père. Le Saint-Esprit vous réconfortera secrètement, de même que l'ange est venu réconforter le Christ après son agonie. Vous, en vrai disciple, vous le suivrez, sans murmure et avec bonne volonté, vous prendrez votre croix et vous mourrez avec lui, pour la vérité. Ensuite, vous régnerez avec lui dans la gloire éternelle.

Je dis ceci pour que celui qui éprouve de l'horreur à la vue de la mort ne succombe pas à la peur dégradante de la chute, car plus d'un homme qui a ressenti cette peur résiste fermement, et soutient mieux le choc que d'autres qui n'ont jamais éprouvé aucune peur. Mais il se peut aussi que le choc ne se produise jamais, car il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père et Dieu n'exalte pas chaque homme de bien jusqu'à la gloire du martyre. Mais, prévoyant la faiblesse de certains, sachant que, même s'ils sont de bonne volonté et courageux ils agiraient comme saint Pierre et que leur âme risquerait l'éternelle damnation, il trouve le moyen de leur épargner le martyre, comme il le trouva pour ses disciples quand lui-même fut volontairement pris, ou encore ; il les fait échapper, à la manière de saint Jean l'évangéliste qui laissa ses vêtements entre les mains de ses poursuivants et s'enfuit nu (1). Il les délivre parfois de la prison où ils sont enfermés, comme il le fit pour saint Pierre. Parfois encore, il les appelle à lui directement de la prison et ne permet pas qu'ils endurent les tourments auxquels ils étaient destinés ; c'est ce qu'il fit pour plus d'un saint.(...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Dim 8 Oct - 12:59:52

XVII. DE LA SOUFFRANCE CORPORELLE - IL NE FAUT PAS PERDRE COURAGE PENDANT UNE PERSÉCUTION

ANTOINE : (...) Parfois encore il permet qu'ils endurent leur supplice mais non qu'ils y succombent, et ils y survivent de nombreuses années, et meurent de leur mort naturelle, comme saint Jean l'évangéliste et beaucoup d'autres, ainsi que nous pouvons le lire dans des récits, comme ceux que rapporte saint Cyprien. Nous ne pouvons prévoir quel moyen Dieu utilisera pour nous.

Mais, si nous sommes de vrais chrétiens, nous devons espérer, avec l'aide de Dieu, endurer patiemment toutes les tortures que pourraient nous faire subir les Turcs. Si nous soumettons notre volonté à la sienne, si nous prions pour obtenir sa grâce, nous sommes assurés qu'il ne permettra pas qu'on nous inflige plus de tourments que nous n'en pouvons supporter. Nous savons aussi qu'en nous tentant comme ils le feront, ils nous offriront un sûr moyen de salut. « Dieu est fidèle », dit saint Paul, « il ne veut pas que vous soyez tentés au delà de vos forces et, avec la tentation, il vous apportera aussi le moyen d'en sortir » (I Cor., 10, 13). Ou bien il veut simplement nous effrayer, pour éprouver notre foi, pour nous inciter à demander sa grâce, ou peut-être, permettra-t-il que nous tombions dans leurs mains, et alors, à condition que nous lui restions fidèles et que nous ne cessions de demander son aide.

« Sa vérité nous enveloppera comme un bouclier », et « nous ne craindrons pas le démon de midi. » Les Turcs, ses persécuteurs, qui envahiront notre pays, n'auront pas le pouvoir de nous toucher, et s'ils l'ont, la courte peine qu'ils nous infligeront nous assurera l'éternelle récompense, à la fois dans notre âme et dans notre corps. Cher neveu, nous devons avoir l'âme en paix, car nous sommes, par notre foi, absolument certains que l'Écriture sainte est la parole de Dieu, et la parole de Dieu ne peut être que vraie, et il nous a promis, par la bouche de son Apôtre bien-aimé, que nous ne serions pas tentés au delà de nos forces ; il nous a promis de nous fournir le moyen d'en sortir, comme il avait déjà promis de nous envelopper de son bouclier, pour que nous n'ayons plus de raison de craindre le démon de midi et ses assauts.

Nous ne pouvons, dès lors, qu'être certains (à moins que nous ne soyons honteusement pusillanimes, et que notre foi soit faible, que notre amour pour Dieu soit tiède et même frigide), nous pouvons être assurés, dis-je, que Dieu n'acceptera pas que les Turcs envahissent le pays, ou que s'ils l'envahissent, il nous donnera une telle force de résistance qu'ils ne l'emporteront pas. Si, malgré tout, ils devaient l'emporter, à condition que nous choisissions le chemin dont je vous ai parlé, nous ne souffrirons guère de leurs persécutions et peut-être même pas du tout, et ce qui paraîtra un mal sera en réalité un bien. Car si Dieu nous fait et nous garde bons, comme il nous l'a promis, si nous l'en prions, alors il en sera pour nous comme pour les gens de bien dont parle l'Écriture, et nous tirerons du bien de toutes choses (Mt., 12, 35 ; Lc 4, 45).

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Lun 9 Oct - 9:45:12

XVII. DE LA SOUFFRANCE CORPORELLE - IL NE FAUT PAS PERDRE COURAGE PENDANT UNE PERSÉCUTION

ANTOINE : (...) Dieu connaît l'avenir et nous l'ignorons ; prenons donc la résolution de rester fermes dans sa foi et de résister aux persécutions. S'il nous arrivait de succomber à la peur, que ce soit par lâcheté ou parce que nous avons perdu la grâce à cause de nos péchés, nous aurons eu, cependant, le mérite de nos bonnes pensées et il est bien possible que Dieu nous rétablisse par la suite dans sa grâce. Si cette persécution a lieu, nous serons fortifiés par nos méditations et nos bonnes résolutions, et nous aurons plus de chances de résister. S'il se fait que les Turcs ne nous envahissent pas, soit qu'ils rencontrent une trop forte résistance, soit que nous nous soyons suffisamment amendés, alors, pardi, cette bonne résolution nous vaudra des mérites que nous n'aurons vraiment pas payés trop cher.

Si, au contraire, par crainte d'une peine corporelle que se serait forgée notre esprit, nous nous laissions aller en pensée à renier Notre-Seigneur, alors, que les Turcs viennent ou non, cela ne changera rien au fait que c'est nous qui aurons quitté Dieu. S'ils ne viennent pas, s'ils sont mis en fuite, quelle honte ce serait de l'avoir abandonné pour une peine que nous n'aurions même pas subie !
VINCENT : Mon oncle, je vous remercie, ce que vous venez de dire sur la douleur physique m'a merveilleusement réconforté.

ANTOINE : J'en suis heureux ; mon cher neveu, mais, s'il en est ainsi, c'est Dieu que vous devez remercier et non moi, car je ne puis dire de bonnes paroles qu'inspiré par lui et toutes les bonnes paroles prononcées de par le monde, même celles qui viennent de sa bouche, ne peuvent éclairer ni fortifier une âme sans le secours de l'Esprit-Saint ; mais Dieu est toujours prêt à envoyer son Esprit-Saint ; c'est nous qui ne sommes pas toujours prêts à le recevoir.

(1) Le fait est rapporté dans l'évangile selon saint Marc ; un jeune homme le suivait, n'ayant pour tout vêtement qu'un drap, et on le saisit, mais lui, lâchant le drap, s'enfuit tout nu (Mc., 14, 51-52). Beaucoup de commentateurs ont vu dans ce jeune homme l'évangéliste lui-même (Note de la Bible de Jérusalem) ; il s'agirait donc de saint Marc et non de saint Jean.

XVIII. CONSEILS POUR LUTTER CONTRE LA CRAINTE QU'INSPIRE LA DOULEUR PHYSIQUE ET SPÉCIALEMENT LA CAPTIVITÉ

Maintenant que nous avons quelque peu repris courage, nous pouvons considérer toutes ces choses d'un esprit plus serein. Nous évoquerons d'abord la douleur physique. Vous disiez que c'était ce qui vous effrayait le plus. Vous avez évoqué, si mes souvenirs sont exacts, la déportation, l'emprisonnement, et une mort pénible et honteuse. Commençons par la déportation.(...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mar 10 Oct - 0:00:19

XVIII. CONSEILS POUR LUTTER CONTRE LA CRAINTE QU'INSPIRE LA DOULEUR PHYSIQUE ET SPÉCIALEMENT LA CAPTIVITÉ

VINCENT : Il me semble, mon oncle, qu'il est très pénible d'être emmené loin de chez soi, dans un pays étranger et inconnu.

ANTOINE : Je ne puis le nier, mon neveu, mais si loin qu'on nous emmène, Dieu saura toujours nous retrouver, et se manifester à nous ! Mais si mon transfert dans un pays étranger devait me peser à ce point, c'est à moi que la faute en incomberait. Je sais que, quel que soit l'endroit où on m'emmène, Dieu sera avec moi. Si je puis obtenir la grâce (et je le puis si je le veux) de ne désirer que lui, il me sera indifférent d'être emmené ici ou là. Si je souffre beaucoup de n'être plus dans mon pays, la raison de cette souffrance est ma propre imagination qui est faussée et qui me fait tort car je me suis mis en tête que ce pays est mien, alors qu'il n'en est rien car, comme dit saint Paul : « Nous n'avons ici ni cité, ni pays mais nous cherchons celui qui doit venir ! » (Héb., 13, 14). Quel que soit le sol que nous foulons, nous ne sommes ici que des pèlerins et des voyageurs, et si je prenais un pays pour le mien, ce devrait être non le pays d'où je viens, mais celui où j'arrive. Ce pays me paraîtra étrange pendant un moment, mais mon pays natal aussi me parut étrange quand je vins au monde. S'il m'est pénible d'être loin de chez moi, mon chagrin sera encore aggravé si je ne remets mon âme entre les mains de Dieu, car c'est là qu'elle doit être ; si je le fais, ma peine en sera grandement soulagée.

Je ne puis nier que les maux qui accompagnent la captivité soient très affligeants. Pourtant, si cela nous est pénible à ce point, c'est beaucoup parce que nous avons pris notre liberté pour un bienfait plus grand qu'il n'est en réalité. Considérons le problème comme ceci : la captivité, la servitude, l'asservissement, qu'est-ce sinon la soumission par la contrainte violente d'un homme à un autre ? Quand nous serons emmenés par les Turcs et que nous serons obligés de faire ce qu'ils veulent, nous nous lamenterons avec raison sur la perte de notre liberté, nous penserons que, par notre actuelle servitude, nous portons un très lourd fardeau. Mais nous nous lamenterions moins si nous nous souvenions de ce qu'était en réalité la liberté que nous avons perdue, et si nous ne l'embellissions pas. Nous nous disons que nous pouvions faire ce que nous voulions : mais là nous nous trompons. Qui peut se vanter de faire ce qu'il lui plaît ? Dans bien des domaines, disons : la moitié, Dieu a, par sa volonté suprême, limité notre liberté. Mais nous faisons la sourde oreille et nous faisons ce qui nous plaît. Elle est bien réduite par les lois des hommes. Ceux-ci non plus ne diminueraient pas notre liberté, si nous n'avions peur des châtiments. Des hommes, qui ont sur nous de l'autorité, ne nous commandent-ils pas des travaux que nous n'osons refuser et que nous accomplissons contraints et forcés ? Certains sont même si pénibles qu'aucun seigneur ne les commanderait à ses serfs. Que chaque homme qui se considère comme libre réfléchisse à ceci et j'affirme qu'il aura moins d'admiration pour sa liberté (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mer 11 Oct - 1:17:42

XVIII. CONSEILS POUR LUTTER CONTRE LA CRAINTE QU'INSPIRE LA DOULEUR PHYSIQUE ET SPÉCIALEMENT LA CAPTIVITÉ

VINCENT : (...) Pourtant, je n'ai pas encore parlé de l'esclavage où se trouvent presque tous ceux qui se vantent d'être libres : l'esclavage du péché. C'est le Seigneur lui-même qui nous dit que c'est là un esclavage : « Celui qui commet le péché est l'esclave du péché » (Jn., 8, 34). Qui, dès lors, peut se vanter d'être libre et considérer comme une calamité de devenir, par les hasards de la guerre, l'esclave d'un homme, puisqu'il est déjà, par son péché, l'esclave du démon ? Chaque jour le démon nous fait commettre des vilenies en se servant des passions que nous suivons aveuglément parce que notre manque de foi nous rend trop faibles pour les réfréner. Donc, notre liberté est, en réalité, l'esclavage le plus dur, celui du serf le plus vil envers le maître le plus cruel. Rappelons-nous, dans notre esclavage, ce que nous faisions à cette heure du jour, quand nous étions libres et ce que nous ferions si nous l'étions encore ; peut-être verrons-nous qu'il vaut mieux pour nous être occupés à ce que nous faisons, qu'à ce que nous aurions fait si nous eussions été libres. Nous trouverons matière à grand réconfort dans la pensée que notre esclavage apparemment causé par la guerre nous vient, en réalité, de Dieu et que, si nous le prenons bien, il servira pour la rémission de nos péchés et aussi qu'il nous vaudra une récompense dans l'autre monde.
Le plus pénible à supporter dans la captivité c'est que nous sommes astreints à un travail qui nous répugne. Sénèque donne à ceci un bon remède : « Tâche ne jamais rien faire sans l'avoir voulu, mais si tu te vois contraint à une tâche, mets-y tout ton coeur. »

VINCENT : C'est vite dit, mon oncle, mais difficile à faire.

ANTOINE : Notre esprit indocile, rend pénible chaque bonne chose, et cela nous fait grand tort. Mais dans le cas qui nous occupe, si nous voulons être bons chrétiens, nous aurons raison de nous réjouir à cause du grand réconfort que nous trouverons dans cette épreuve ; car il nous souviendra que dans l'accomplissement patient et serein de notre service envers cet homme à qui nous sommes assujettis, nous obéissons à un ordre de Dieu, donné par la bouche de saint Paul Servi, obedite dominis carnalibus et que nous serons compensés par Dieu.

Souvenons-nous, enfin, de l'humble douceur de notre sauveur le Christ, qui « étant lui-même, Dieu tout-puissant, s'humilia et prit la condition d'esclave » (Phil., 2, 6), afin que nous ne fussions pas abandonnés par son Père. Nous ne sommes que des ingrats et des imbéciles, si plutôt que d'endurer temporairement cet esclavage, nous le renions, lui qui nous délivra, par sa mort, de l'esclavage du démon, lui qui veut en salaire de notre bref esclavage, nous donner l'éternelle liberté.

VINCENT : Mon oncle, ceci est fort bien dit ! L'esclavage est une condition à laquelle tout homme sensé espère échapper, mais vous m'avez présenté la chose de telle façon qu'elle ne me paraît plus si affreuse, et surtout vous m'avez fait comprendre qu'un homme quelque peu sensé n'a pas le droit de renier sa foi pour cela. Maintenant, je vous en prie, parlez-moi de l'emprisonnement.

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Jeu 12 Oct - 0:37:34

XIX. DE L'EMPRISONNEMENT

(...) ANTOINE : Bien volontiers, mon cher neveu. Considérons d'abord ce qu'est l'emprisonnement, quelle est la nature de cette épreuve, cela nous aidera à ne pas en concevoir une telle frayeur ; car de soi-même, ce n'est qu'une diminution de la liberté, qui empêche un homme d'aller là où il le voudrait.

VINCENT : Oui, par Notre-Dame, mon oncle, mais il me semble que c'est bien plus pénible que vous ne le dites, car, en plus de la diminution de la liberté, cela comporte beaucoup de tourments.

ANTOINE : C'est vrai, mon neveu. Je n'oublie pas ces peines si pénibles, je ne les perds pas de vue. Mais, pour l'instant, je ne veux considérer que l'emprisonnement en lui-même, car il se peut qu'on soit enfermé, sans autre incommodité, sans être mis aux fers ou attaché par le cou, et on peut aussi, sans être en prison, avoir des boulets aux pieds ; c'est la condition des esclaves dans notre pays, de même qu'à Séville et au Portugal. Je ne veux pas prétendre que la douleur physique n'existe pas ; pourtant, puisque c'est à cause de ce genre de douleur que nous avons une telle horreur de la condition de prisonnier, il me semble que nous devrions nous rendre compte une fois de plus que notre répulsion est due en bonne partie à notre imagination. Rappelons-nous la condition de beaucoup d'autres gens dont nous envions la situation. Ne sont-ils pas soumis à des contraintes tout aussi cruelles que celles des prisonniers ? Considérons ces choses dans l'ordre. D'abord, les maux dont vous parlez ne sont pas particuliers à l'emprisonnement, puisqu'ils peuvent accabler des gens qui ne sont pas emprisonnés ; ils n'en sont pas non plus inséparables, puisqu'on peut être emprisonné sans avoir à les subir. Nous allons donc commencer par chercher quelle peine, quelle incommodité comporte l'emprisonnement de par sa nature propre. Ensuite, dans le cours de la conversation, vous pourrez à votre guise, vous exciter à la terreur en nous énumérant tous ces pénibles accidents.

VINCENT : Je regrette de vous avoir interrompu, car je vois que vous vous proposiez de procéder suivant un certain ordre. Je vous en prie, continuez. Je sais que l'emprisonnement peut être très différent suivant les cas, et que, appliqué avec le maximum de douceur, il est simplement chose très ennuyeuse.

Si un grand prince est fait prisonnier sur le champ de bataille par un roi chrétien, il est d'usage qu'en considération de sa condition, et en se représentant que les hasards de la guerre peuvent renverser la situation, il se peut, dis-je, qu'il soit traité avec la plus grande humanité. Quant aux infidèles, ils traitent souvent plus mal les grands princes que les pauvres gens. Quand Tamerlan (1) tenait prisonnier le Grand Turc, il le forçait à lui prêter son dos quand il montait à cheval. Mais comme j'avais commencé à vous le dire par l'exemple d'un prince fait prisonnier, si bénin que soit le traitement, si spacieuse que soit la prison, son sort est toujours pénible. Même si le prisonnier a le droit de se promener dans de beaux jardins, il lui sera humiliant de voir sa liberté restreinte par la volonté d'un autre homme.

ANTOINE : Vos observations sont très judicieuses et vous remarquez que l'emprisonnement, de par lui-même, n'est que la diminution de la liberté d'une certaine personne à l'intérieur d'un certain espace. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Jeu 12 Oct - 23:55:33

XIX. DE L'EMPRISONNEMENT

(...) VINCENT : C'est bien cela.

ANTOINE : Mais j'ai oublié de vous poser une question.

VINCENT : Dites.

ANTOINE : Voici : si deux hommes sont prisonniers dans un château, enfermés dans deux chambres différentes, l'une beaucoup plus grande que l'autre, sont-ils prisonniers tous les deux, ou seulement celui qui a le moins d'espace ?

VINCENT : Quelle question, mon oncle ! Ils sont tous deux prisonniers, même si l'un est au cachot tandis que l'autre a tout le château.

ANTOINE : Il me semble, mon neveu, que vous dites vrai. Si l'emprisonnement est ce que vous dites, ne plus avoir la possibilité d'aller et venir à sa guise, pouvez-vous dire que vous connaissez quelqu'un qui soit hors de prison ?

VINCENT : Comment, mon oncle, mais je n'en connais point d'autre ! Je ne connais pas de prisonnier que je sache !

ANTOINE : Je vois que vous ne visitez guère les pauvres prisonniers.

VINCENT : Non, mon oncle, j'en demande à Dieu pardon. Je leur fais parvenir mes aumônes, mais je n'aime pas me trouver en présence d'une telle misère.

ANTOINE : Cher neveu, vous avez beaucoup de belles qualités, mais ceci n'en est pas une. Si vous vous corrigiez, vous auriez une qualité de plus et peut-être même trois ou quatre, car de visiter les prisonniers procure à l'âme un bien inestimable.

Mais si vous ne connaissez aucun prisonnier, citez-moi donc le nom d'un homme libre, puisque vous dites mieux les connaître. Pour ma part c'est plutôt le contraire, je connais plus de gens qui ne sont pas libres.

VINCENT : C'est bien étrange, mon oncle, car un homme est libre qui peut aller où il veut, fût-il le mendiant le plus pauvre de la ville. Et il me semble en toute bonne foi qu'un pauvre mendiant, qui peut aller où il veut, est plus heureux qu'un roi emprisonné qui ne peut faire que ce qu'on lui permet.

ANTOINE : Nous verrons plus loin si un mendiant ayant la faculté de circuler à sa guise est, pour autant, libre de toute prison. Pour ma part, je ne vois aucun prince dont je puisse dire qu'il me paraît libre. Si vous appelez emprisonnement le fait de ne pas pouvoir circuler à sa guise, alors le Grand Turc lui-même est prisonnier, car il ne peut aller où il veut. S'il le pouvait, il irait au Portugal, en Italie, en Espagne, en France, en Allemagne, en Angleterre et aussi chez le Prêtre Jean et jusque chez le Grand Khan.

Si le mendiant dont vous parlez peut aller où il lui plaît, il me paraît plus libre non seulement qu'un roi emprisonné, mais aussi que n'importe quel prince, car je ne doute pas qu'un mendiant puisse circuler plus aisément sur les terres d'autrui que le plus grand prince sur les siennes propres. Si un prince pénètre en territoire voisin, il risque la prison tandis que le mendiant, avec son sac et son bâton, pourra peut-être aller son chemin. Mais pourtant, mon neveu, ni le mendiant ni le prince ne sont vraiment libres d'aller où ils veulent ; dès lors si vous définissez l'emprisonnement comme l'impossibilité d'aller où on veut, il me semble que votre libre mendiant, votre libre prince, sont tous deux prisonniers. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Sam 14 Oct - 1:22:29

XIX. DE L'EMPRISONNEMENT

(...) VINCENT : Oui, mon oncle, mais tous deux ont la possibilité de circuler, l'un sur ses terres, l'autre sur les terres d'autrui et tous deux sur la grand'route, où ils peuvent marcher jusqu'à épuisement sans que personne les en empêche.

ANTOINE : Mais le roi que vous me citiez en exemple tout à l'heure et qui, prisonnier dans un château, pouvait toutefois y circuler librement peut également marcher jusqu'à épuisement sans que personne y trouve rien à redire. Pourtant, vous dites vous-même qu'il est prisonnier, sans toutefois subir une captivité aussi rigoureuse que celui qui est au cachot.

VINCENT : Mais ils peuvent au moins se rendre où cela leur est nécessaire et commode, aussi ne désirent-ils aller que là où ils peuvent et par conséquent ils peuvent aller où ils veulent.

ANTOINE : Je ne passerai pas mon temps, mon cher neveu, à réfuter point par point votre réponse. Nous passerons sur le fait que, fût-il emmené par son gardien à tous les endroits où il doit se rendre pour sa commodité, un prisonnier n'en reste pas moins un prisonnier, car il ne pourrait circuler pour son plaisir.

Passons aussi sur le fait qu'il serait nécessaire à ce mendiant, commode à ce roi de se rendre en divers endroits, où ni l'un ni l'autre ne peut aller, comme aussi sur le fait qu'aucun des deux n'est si modéré dans ses désirs qu'il soit capable de les limiter à ses possibilités, puisque d'après vous ce qui conditionne la liberté c'est de ne désirer aller que là où on le peut, je veux bien vous l'accorder.

Voyons maintenant nos autres prisonniers, ceux que nous avons enfermés dans un château, et nous verrons que celui des deux qui est le plus étroitement gardé, s'il a la sagesse et la grâce de calmer son esprit et de se contenter de rester où il est, de ne pas s'abandonner à ses « envies » comme une femme enceinte, lui aussi répond à votre définition de la liberté, car il est là où il veut, il est donc libre.

D'ailleurs, même s'il ne désire se rendre que là où il peut, le fait que s'il désirait aller ailleurs on ne le lui permettrait pas suffit à en faire un prisonnier. Votre mendiant, votre prince, dont vous dites qu'ils sont tous deux libres, ont beau être exceptionnellement sages et modérés dans leurs désirs, il me semble à moi que le seul fait de ne pouvoir désirer se rendre ailleurs que là où ils en ont la possibilité leur fait manquer le bénéfice de la liberté.

VINCENT : Mon oncle, si, d'après vos raisons, tout le monde est prisonnier dans une prison au sens large, pourtant, être jeté dans ce qu'on appelle généralement une prison au sens propre est chose que chacun redoute, aussi bien pour les traitements qu'on y subit que pour l'étroitesse des locaux.

Nous ne nous apercevons pas des peines que nous apporte cet emprisonnement au sens large et figuré et nous ne le craignons pas. Aussi chacun éprouve-t-il une vive répugnance pour le premier et aucune pour le second.

Mon oncle, je ne puis trouver d'argument à vous opposer mais je vous avoue franchement que mon esprit n'est pas satisfait ; vous ne me convainquez pas et vos arguments me paraissent des sophismes. Pour moi, quand on ne se trouve pas dans ce qu'on appelle généralement une prison, on ne s'y trouve pas du tout. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Dim 15 Oct - 1:07:34

XIX. DE L'EMPRISONNEMENT

(...)ANTOINE : Cher et bon neveu, vous n'avez pas prononcé depuis le début de notre entretien une seule parole qui me plaise autant que celle-ci ! Si vous aviez donné votre assentiment en paroles seulement, sans être persuadé dans le fond de vous-même, vous auriez perdu le fruit de notre entretien, si ce que j'avance est vrai ; si c'était faux, c'est moi qui aurais été trompé, car j'aurais cru que vous étiez d'accord avec moi et vous m'auriez confirmé dans mon égarement.

Cher neveu, je suis probablement bien malhabile dans l'art de persuader les gens ; tout à l'heure, cependant, il me semblait qu'avec vous, je n'y réussissais pas trop mal, mais voilà que pour conclure, vous me dites que je n'ai prononcé que des sophismes ! Pendant des années, j'ai moi-même pris tout ce que je viens de vous dire pour l'exacte vérité, et maintenant mon esprit ne peut penser différemment.

Mais je ne voudrais pas faire comme ce prêtre français qui avait si longtemps prononcé le mot « Domînus », en allongeant la deuxième syllabe, que finalement il s'était persuadé que cela devait se prononcer ainsi, et qu'il n'eût pas osé le prononcer autrement. Ainsi, pour que vous me compreniez mieux, pour que moi-même j'y voie plus clair, nous allons, à nous deux, réexaminer la chose.

Crachez dans vos mains, tenez-vous ferme et ne me cédez pas contre votre conviction, car alors, nous n'approcherons jamais.

VINCENT : Mon cher oncle, je n'ai nullement l'intention d'abandonner la joute, je ne l'ai jamais fait depuis que nous avons commencé nos entretiens. Vous avez bien dû vous en apercevoir par certaines questions que, sans grande raison, simplement pour satisfaire mon esprit, j'ai posées et débattues.

ANTOINE : Vous devez continuer, mon cher neveu. Pour moi, je veux abandonner la partie, si je ne puis vous convaincre que tout homme est effectivement emprisonné dans une véritable prison, sans qu'il entre dans ma pensée la moindre idée de sophisme et aussi qu'il n'y a sur terre aucun prince qui ne soit plus tragiquement prisonnier, dans ce sens général, que ne le sont les pauvres ignorants, prisonniers dans le sens propre, comme vous dites.

En plus de cela, dans cet emprisonnement au sens large, au sens général, les gens sont traités si durement que l'on devrait redouter d'être ainsi maltraité, comme on redoute le triste sort de ceux qui sont emprisonnés au sens étroit du terme.

VINCENT : Par ma foi, mon oncle, je voudrais que vous me prouviez ceci.

ANTOINE : Dites-moi, mon neveu, si un homme était accusé de trahison ou de félonie, si, après un jugement qui l'aurait condamné à mort, le choix du jour de l'exécution était laissé au bon plaisir du souverain, s'il était livré à des geôliers, enfermé dans une prison sûre, dont il lui serait impossible de s'échapper, cet homme serait-il, oui ou non, un prisonnier ? (...)

VINCENT : Oui, certainement !

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Lun 16 Oct - 9:31:51

XIX. DE L'EMPRISONNEMENT

(...) ANTOINE : Mais si, en attendant l'exécution, il était traité de telle sorte qu'il pût agir à sa guise, tout comme du temps où il était libre, s'il pouvait jouir de ses terres et de ses biens, si sa femme et ses enfants avaient permission d'être avec lui, s'il pouvait recevoir ses amis, se faire servir par ses domestiques, si l'endroit où il serait détenu était un château royal, avec des parcs et autres agréments, et s'il avait la possibilité d'y circuler, ajoutez encore, si vous voulez, qu'on lui permettrait d'aller à cheval quand il voudrait et où il voudrait ; en imposant comme unique restriction que toujours il serait gardé à vue et qu'il lui serait impossible de s'échapper, il pourrait donc faire ce qu'il lui plaît, mais il saurait qu'il lui est impossible de s'évader et que, le moment venu, il serait finalement mis à mort, voyons mon neveu, comment appellerons-nous cet homme ? Dirons-nous qu'il est prisonnier pour la raison qu'il est enfermé pour l'exécution ? Ou dirons-nous qu'il ne l'est pas puisqu'il est traité avec une telle faveur ? Je vous en prie, réfléchissez avant de répondre. Vous pourriez par la suite regretter ce que vous avez dit.

VINCENT : Non, mon oncle, inutile de retourner la question dans tous les sens. Malgré la faveur dont il bénéficie, malgré la liberté qu'on lui prête, puisque cet homme est condamné à mort et enfermé pour cela, puisqu'on l'a mis sous bonne garde, il est bel et bien prisonnier.

ANTOINE : Vous avez dit vrai, mon neveu, mais, continuons. Imaginez un autre homme, jeté en prison pour une peccadille, et que ses gardiens, par mauvaise humeur, auraient enchaîné, dans un sombre cachot, où il devrait peut-être moisir un certain temps, où il devrait souffrir certains maux, sans être toutefois condamné à mort, et qu'une fois libéré il se remettrait de ses maux, lequel de ces deux prisonniers est dans le plus triste état : celui qui jouit de toutes les faveurs ou celui qui est traité durement ?

VINCENT : Par Notre-Dame, mon oncle, je pense que la plupart des gens, s'ils avaient à choisir, préféreraient le sort du prisonnier maltraité.

ANTOINE : Jugez vous-même, mon neveu, si ce que je vais vous dire est un sophisme, car cela me paraît à moi la vérité et même si vous pensez différemment je serais heureux de voir lequel de nous deux se trompe. D'abord, il me paraît évident à moi que tout homme qui vient au monde y vient par la volonté de Dieu. Est-ce là un sophisme ?

VINCENT : Certainement non, c'est la vérité.

ANTOINE : Ceci me paraît aussi vrai. Il ne vient au monde ni homme ni femme qui ne soient condamnés à mort dès avant leur naissance, à cause du péché originel qu'ils apportent avec eux du sein de leur mère et qui fut contracté par la race corrompue de notre père Adam. Est-ce ainsi, oui ou non ?

VINCENT : C'est ainsi.

ANTOINE : Dieu a mis l'humanité sous si bonne garde que tous ceux qui vivent ici-bas ne peuvent espérer échapper à la mort. Ceci est-il une fantaisie de mon imagination ? (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Lun 16 Oct - 23:10:04

XIX. DE L'EMPRISONNEMENT

(...) VINCENT : Certainement pas, personne n'essaiera de le nier.

ANTOINE : Je n'ai pas besoin d'en dire plus, mon neveu, cela devient clair et évident, et je suis même allé un peu plus loin que quand vous traitiez mes arguments de sophismes. Lorsque vous disiez que j'avais beau affirmer que tout homme est un prisonnier, vous pensiez, vous, qu'il n'y en avait d'autres que ceux qu'on appelle généralement prisonniers. Et maintenant vous reconnaissez comme une grande vérité, le fait que tout homme, fût-il le plus grand roi, est mis sur terre par la volonté de Dieu et qu'il ne peut lui échapper.

Vous m'accordez aussi que chacun, ici-bas, doit répondre immédiatement à l'appel de Dieu et mourir. Dès lors, cher neveu, chaque homme n'est-il pas un prisonnier, puisqu'il est gardé dans un endroit d'où on le conduira il ne sait où ?
VINCENT : Je dois reconnaître qu'il en est ainsi.

ANTOINE : Ce serait vrai même si un homme était pris par le bras et conduit à son jugement de la façon la plus courtoise. Mais nous savons qu'aucun roi, fût-il le plus puissant, fût-il gardé par l'armée la plus nombreuse, cherchât-il mille distractions pour n'y plus penser, le plus grand roi sait bien qu'il ne peut échapper à la mort ; il sait que la sentence est déjà prononcée et qu'il mourra.

Il espère sans doute un long répit avant son exécution, mais il ne peut savoir quand il mourra et, à moins d'être fou, il ne peut être sans constamment craindre que, soit aujourd'hui soit demain, cet horrible bourreau, la Mort, qui depuis sa naissance le regarde en face, ne l'invite brutalement à le suivre. Car ce bourreau-là ne fera pas de cérémonies ; il le saisira à la gorge, il fera grincer ses os et le jettera dans une certaine prison, où il souffrira de longs et affreux tourments.

Son corps sera jeté en un trou dans la terre, il y pourrira et sera rongé des vers, tandis que son âme subira un jugement encore plus effroyable. Il ne sait, à sa mort temporelle, si le jugement lui sera ou non favorable ; il peut, par la grâce de Dieu, conserver quelque espoir, mais il a toujours à redouter le feu éternel.

Il me semble, mon neveu, que cette sentence de mort suspendue au-dessus de chacun de nous en ce monde fait de nous de véritables prisonniers. Et le plus grand roi, dans cette prison, est bien plus en danger, malgré toutes ses richesses, que ne l'est un homme maltraité dans ce qu'on appelle communément une prison. Car dans ces prisons-là, on n'est pas nécessairement condamné à mort mais l'homme le plus grand, le plus riche de cette prison universelle qu'est le monde où nous sommes, est de toute manière un condamné à mort.

VINCENT : Pourtant, mon oncle, le pauvre prisonnier est dans le même cas, car lui aussi sait qu'il doit mourir.

ANTOINE : Votre objection est très juste, mon cher neveu, mais je vous ferai remarquer qu'il n'est pas en danger de mort à cause de la prison où il fut peut-être jeté à la suite d'une vétille ; le danger qu'il court lui vient de cette autre prison, la terre, où tous les princes sont prisonniers aussi bien que lui. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mer 18 Oct - 11:44:36

XIX. DE L'EMPRISONNEMENT

(...) ANTOINE : Votre objection est très juste, mon cher neveu, mais je vous ferai remarquer qu'il n'est pas en danger de mort à cause de la prison où il fut peut-être jeté à la suite d'une vétille ; le danger qu'il court lui vient de cette autre prison, la terre, où tous les princes sont prisonniers aussi bien que lui.

Si un homme condamné à mort était enfermé dans une prison où il jouirait de quelque liberté, si, en attendant son exécution, il était, à la suite d'une rixe avec ses compagnons, mis au cachot dans cette même prison, il y serait en danger de mort, non parce qu'il est au cachot, puisqu'il n'y est qu'à la suite d'une querelle ; il était en danger de mort avant cela, quand il jouissait de quelque liberté. Ainsi, le prisonnier dont vous parlez est-il enfermé non seulement dans son étroite prison mais aussi dans le vaste monde, et tous les princes du monde y sont prisonniers avec lui. Par cet emprisonnement, ils courent tous le même danger de mort ; je ne parle pas de la prison au sens étroit du terme mais de ce qu'on appelle généralement : liberté, à cause de l'espace dans lequel on peut se mouvoir, et vous me traitiez de sophiste parce que je l'appelais prison !

Maintenant vous voyez que toute cette terre est une prison pour le genre humain, que tous les hommes sans exception, même ceux qui jouissent de la plus grande liberté et se considèrent comme de grands seigneurs, comme les propriétaires de grandes parties de la terre, et qui en arrivent à oublier leur état de mortels, tous sont dans la même condition que ceux qui, dans ces étroites geôles généralement dénommées prisons sont dans la plus affreuse des conditions, celle des condamnés à mort.

Si maintenant, mon cher neveu, ceci vous paraît encore un sophisme, je serais heureux de savoir ce qui vous le fait penser. Car, je vous l'ai déjà dit, cela me paraît à moi l'exacte vérité.

(1) Grand conquérant, fondateur du second empire mongol, né à Keach près de Samarcande en 1336, mort à Otrar en 1405. Un demi-siècle après la mort de Thomas More, le dramaturge Marlowe écrivit une tragédie intitulée Tamerlan.

XX. DE L'EMPRISONNEMENT (SUITE)


VINCENT : En toute bonne foi, mon oncle, je ne vois rien à vous opposer et il me semble qu'il ne peut en être autrement. Car nous sommes tous en ce monde des prisonniers, puisque nous sommes gardés jusqu'à ce que nous soyons mis à mort, tout comme des gens qui attendent le jour de leur exécution.

Mais pourtant, mon oncle, le cachot, les fers, le sol froid sur quoi il faut dormir dans ce qu'on appelle communément une prison rendent ce genre d'emprisonnement beaucoup plus effrayant que la captivité prise dans le sens large du terme, où nous pouvons aller et venir à notre guise dans le vaste monde. Car, dans cette vaste prison, extérieure aux prisons exiguës, les prisonniers ne sont pas traités aussi durement.

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mer 18 Oct - 23:05:17

(...)XX. DE L'EMPRISONNEMENT (SUITE)

ANTOINE : Mon cher neveu, j'ai dit, il me semble, que je tenterais de vous montrer que, dans cette vaste prison qu'est le monde où nous vivons, les gens sont traités si durement, si cruellement, ils sont tellement rompus, brisés, que, si nous y réfléchissions, nous nous indignerions tout autant contre ces mauvais traitements que contre ceux des prisons ordinaires.

VINCENT : Oui, mon oncle, vous m'avez promis de me le prouver.

ANTOINE : Non, cher neveu, je ne me suis pas tant avancé. Mais j'ai dit que je m'y efforcerais, et que, si je n'y réussissais pas, j'abandonnerais la partie. Je ne pense pas, toutefois, en être réduit à une telle extrémité. La chose me paraît simple.

Dites-vous bien, mon cher neveu, que Dieu est non seulement le Roi du monde, mais aussi le principal geôlier de cette vaste prison, ayant sous ses ordres non seulement les anges, mais aussi les démons. Je suppose que, jusqu'ici, vous êtes d'accord avec moi.

VINCENT : Certainement.

ANTOINE : Supposez qu'on mette un homme en prison, simplement pour l'enfermer, car il n'y a contre lui aucune charge grave ; son gardien, s'il est bon et honnête, ne se montrera pas assez cruel pour le faire souffrir par pure malice, ni assez cupide pour le forcer à demander à ses amis pour un sou de confort. Si la prison est assez sûre pour que le prisonnier ne s'en puisse évader ou si l'évasion n'apportait que des souffrances supplémentaires, le geôlier n'infligera pas à son prisonnier ces tourments qui nous font tant redouter l'emprisonnement. Mais si l'endroit n'offre aucune sécurité, le gardien sera impitoyable ; si le prisonnier est difficile, s'il se bat avec ses compagnons, s'il joue de mauvais tours, alors le gardien le punira en lui faisant subir les mauvais traitements que vous avez évoqués.

Mais, mon cher neveu, Dieu, le principal gardien de cette immense geôle, n'est ni cruel, ni cupide. Et cette prison est si sûre, si intelligemment bâtie que, sans qu'elle soit entourée d'aucun mur, nous savons que nous ne pourrons jamais nous en évader, si loin que nous allions. Dieu n'a nul besoin de nous enchaîner ; il nous laisse aller et venir, aussi longtemps qu'il lui plaît de nous laisser du répit.

Et c'est à cause de cette faveur temporaire que nous devenons si libertins et que nous oublions où nous sommes. Nous nous prenons pour des seigneurs, alors que nous ne sommes que de pauvres détenus, car en vérité, cette terre est notre prison. Nous nous en attribuons des parties, par des arrangements pris entre nous, ou bien par fraude et par violence. Nous ne l'appelons pas notre prison, nous l'appelons notre pays, notre patrie. Nous y bâtissons, nous l'ornons, nous l'embellissons, on y fait du commerce, on s'y querelle, on s'y bat, on y joue aux cartes et aux dés, on y fait de la musique, on s'y amuse, on y chante et on y danse. Il faut dire aussi que plus d'un homme ayant la réputation d'être honnête se réserve d'être en secret un redoutable gredin. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Jeu 19 Oct - 22:22:14

XX. DE L'EMPRISONNEMENT (SUITE)

ANTOINE : (...) C'est ainsi que tant que Dieu, notre roi et notre principal geôlier, nous laisse faire, nous nous croyons en liberté. Nous abhorrons l'état de prisonnier, parce que nous nous croyons libres. Jusqu'à ce que nous soyons emmenés à l'exécution, nous oublions notre prison, nos geôliers, les anges et les démons et même Dieu, qui ne nous oublie pas, lui, mais nous tient constamment sous son regard.

Il est mécontent de voir le désordre régner dans la prison, alors il envoie le bourreau, la Mort, ici et là, pour y exécuter les détenus par milliers à la fois. Et ceux dont il suspend l'exécution sont souvent traités aussi durement, aussi cruellement, que les captifs de ces prisons dont vous dites avoir une telle horreur.

VINCENT : Je ne vous contredirai pas sur le reste, car il me semble voir les choses comme vous, mais quand vous appelez Dieu notre principal geôlier je ne vous suis plus, car je ne le vois jamais mettre personne aux fers, ni au bloc, ni même l'enfermer dans une chambre.

ANTOINE : N'est-il d'autre ménestrel que celui qui joue de la harpe, d'autre musicien que celui qui joue du luth ? On peut être musicien et jouer d'un instrument étrange, que personne n'a jamais vu.

Dieu est notre principal geôlier et comme il est invisible, ses instruments le sont également. Ils ne sont pas pareils à ceux des geôliers ordinaires mais leur effet est le même et tout aussi pénible. À l'un il donne une fièvre chaude et le cloue sur un lit de douleur tout aussi inconfortable que la paille du prisonnier. Il torture celui-ci par la migraine, celui-là par une angine, il enchaîne cet autre par la paralysie, il met les menottes de la goutte aux mains d'un troisième, il tord les jambes dans d'horribles crampes à cet autre qui ne peut pas plus remuer que s'il était au bloc.

Le prisonnier d'une prison ordinaire peut chanter et danser dans ses fers, sans craindre de heurter une pierre, tandis que le prisonnier de Dieu enchaîné par la goutte, gît, tout gémissant sur sa couche, et tremble qu'il lui tombe sur les pieds un simple coussin.

Oui, mon cher neveu, si nous réfléchissons bien, nous voyons que dans ce vaste bagne qu'est le monde, les prisonniers sont aussi mal traités que dans les prisons ordinaires. Et même dans celles-ci il y a des prisonniers aussi gais que certains dans notre vaste prison.

Des gens qui seraient nés en captivité, qui n'auraient jamais pu jeter un regard sur le monde extérieur, ni même en entendre parler, mais qui verraient d'autres prisonniers, plus étroitement gardés qu'eux-mêmes, qui n'auraient entendu traiter de prisonniers que ceux-là, alors qu'eux-mêmes seraient qualifiés de « libres », auraient sans doute d'eux-mêmes l'opinion que nous avons de nous ; et quand nous nous croyons libres nous nous trompons aussi lourdement qu'eux.

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Hier à 21:14:58

XX. DE L'EMPRISONNEMENT (SUITE)

ANTOINE : (...) C'est ainsi que tant que Dieu, notre roi et notre principal geôlier, nous laisse faire, nous nous croyons en liberté. Nous abhorrons l'état de prisonnier, parce que nous nous croyons libres. Jusqu'à ce que nous soyons emmenés à l'exécution, nous oublions notre prison, nos geôliers, les anges et les démons et même Dieu, qui ne nous oublie pas, lui, mais nous tient constamment sous son regard.

Il est mécontent de voir le désordre régner dans la prison, alors il envoie le bourreau, la Mort, ici et là, pour y exécuter les détenus par milliers à la fois. Et ceux dont il suspend l'exécution sont souvent traités aussi durement, aussi cruellement, que les captifs de ces prisons dont vous dites avoir une telle horreur.

VINCENT : Je ne vous contredirai pas sur le reste, car il me semble voir les choses comme vous, mais quand vous appelez Dieu notre principal geôlier je ne vous suis plus, car je ne le vois jamais mettre personne aux fers, ni au bloc, ni même l'enfermer dans une chambre.

ANTOINE : N'est-il d'autre ménestrel que celui qui joue de la harpe, d'autre musicien que celui qui joue du luth ? On peut être musicien et jouer d'un instrument étrange, que personne n'a jamais vu.

Dieu est notre principal geôlier et comme il est invisible, ses instruments le sont également. Ils ne sont pas pareils à ceux des geôliers ordinaires mais leur effet est le même et tout aussi pénible. À l'un il donne une fièvre chaude et le cloue sur un lit de douleur tout aussi inconfortable que la paille du prisonnier. Il torture celui-ci par la migraine, celui-là par une angine, il enchaîne cet autre par la paralysie, il met les menottes de la goutte aux mains d'un troisième, il tord les jambes dans d'horribles crampes à cet autre qui ne peut pas plus remuer que s'il était au bloc.

Le prisonnier d'une prison ordinaire peut chanter et danser dans ses fers, sans craindre de heurter une pierre, tandis que le prisonnier de Dieu enchaîné par la goutte, gît, tout gémissant sur sa couche, et tremble qu'il lui tombe sur les pieds un simple coussin.

Oui, mon cher neveu, si nous réfléchissons bien, nous voyons que dans ce vaste bagne qu'est le monde, les prisonniers sont aussi mal traités que dans les prisons ordinaires. Et même dans celles-ci il y a des prisonniers aussi gais que certains dans notre vaste prison.

Des gens qui seraient nés en captivité, qui n'auraient jamais pu jeter un regard sur le monde extérieur, ni même en entendre parler, mais qui verraient d'autres prisonniers, plus étroitement gardés qu'eux-mêmes, qui n'auraient entendu traiter de prisonniers que ceux-là, alors qu'eux-mêmes seraient qualifiés de « libres », auraient sans doute d'eux-mêmes l'opinion que nous avons de nous ; et quand nous nous croyons libres nous nous trompons aussi lourdement qu'eux.

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